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Bibliographie

TACTIQUE THEORIQUE

Compréhension de l'espace, maîtrise du temps : à partir de ces notions, l'auteur bâtit une théorie de la décision appliquée à la confrontation des systèmes complexes. Les concepts de supériorité, de surprise, de risque, de rythme opérationnel, éclairés à partir de la théorie, prennent une dimension nouvelle.

Pour autant, la théorie de la guerre ne vaut que si elle s'applique, concrètement, au combat. C'est le mérite de l'auteur, officier, enseignant et historien, de présenter les outils nécessaires au praticien. Aussi, de la théorie de la décision, en vient-il à l'étude de la force en action : manoeuvres, fonctions opérationnelles, puis à leur application à travers le catalogue des missions offensives et défensives. C'est une vision systémique de la guerre qui est ainsi proposée, largement appuyée sur de très nombreux exemples historiques, évoquant plus de deux mille ans de guerres, à travers quatre continents.

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Préface du Général de corps d'armée Pierre GARRIGOU GRANDCHAMP,
Commandant de la formation de l’armée de Terre (CoFAT)

L'ART de combiner les moyens militaires, dans une mise en ouvre circonstanciée et locale des plans de la stratégie, tel est l'objet de la tactique. Elle est d'exécution, dans les procédés et les combinaisons. Elle est aussi l'expression d'un processus complexe de réflexion sur les conditions de l'action, qui veut cerner les inconnues et doit accepter les risques. Elle est une science, très technique, et un art, où l'imagination créatrice a toute sa place.

Depuis des lustres les plumes militaires françaises n'avaient plus produit de traité général de tactique, embrassant les catégories de la science et les conditions de l'art. Ce tarissement d'une veine autrefois féconde, du maréchal de Saxe, au maréchal Foch, résultait de facteurs entrecroisés, où jouaient l'absorption dans l'action - au temps des guerres de la décolonisation - le contexte de l'ère nucléaire, celui de la non-bataille - inhibant toute vue un peu large d'action en amont des gesticulations de l'ultime avertissement - et aussi une répugnance à l'écriture d'une génération marquée par la défiance tenace dont elle était l'objet depuis l'Algérie.

Cette ère de glaciation s'est achevée à la fin du XXe siècle. La dis-parition de l'ennemi soviétique et les multiples déstabilisations des états ont sonné le branle de nouveaux affrontements où la tactique réapparaît, parce que la bataille est redevenue un horizon possible. Le colonel Yakovleff, qui a vécu cette évolution en jeune acteur engagé, en a d'emblée compris les caractères nouveaux et les filiations ancien-nes. Il s'adresse à nous non d'une planète éloignée, qui parle d'un monde disparu, mais d'un présent de notre monde, et peut-être d'un futur où le tragique des grands conflits réapparaîtrait. Il n'est pas en effet dans le camp des optimistes béats, mais il suppute la perspective des crocs de la guerre plantés dans le corps de nations invitées à mobi-liser toutes leurs énergies. En somme, son pessimisme roboratif appelle à illustrer le vieil adage : "Si vispacem, para bellum".

Avant d'en arriver à ces sombres conclusions et d'en appeler à une lucidité tonique, l'auteur a beaucoup lu, il a pratiqué et il a enseigné.

Sa connaissance des classiques et des modernes et la méditation des grands auteurs occidentaux ont nourri une vision complexe. Elle s'articule entre une réflexion, qui redéfinit méthodiquement les pièces du puzzle, constitutif du paradigme de la bataille, et une analyse d'une possible praxis, qui va bien au-delà des recettes triviales de la mise en ouvre : elle rend ses lettres de noblesse à la manouvre, concept clef de la tactique, qui transforme la somme d'actes techniques et d'actions individuelles en un mouvement d'ensemble, mystérieux exercice d'un art relevé, réglé par une liturgie militaire. Qui n'a pu constater la rare complexité de l'agencement des pions, de leur combinaison à temps, de leur intégration dans un environnement physique et surtout humain, de leur conduite en temps réel et de l'anticipation de tous les possibles, ne peut, ne serait-ce qu'entrevoir, les affres et la noblesse de la manouvre.

Au reste, avant d'absorber les volets de la fresque qui dépeint les temps possibles de l'action, il faudra méditer les pages inspirées sur la prise en compte des catégories immédiates de la bataille - l'espace et le temps, dans ses quatre dimensions - et sur ses ressorts vitaux, la prise de risque et la saisie de l'initiative. On en retiendra aussi le plai-doyer pour l'effet majeur, produit de la doctrine française, pour expri-mer l'effet à atteindre, dans un temps et un espace donné, contre un adversaire évalué.

On l'aura compris, l'ouvre est celle d'un classique, qui renoue le fil avec les grands prédécesseurs. Elle illustre à merveille la renaissance du débat théorique en France, avec la participation d'officiers, tels deux de ses aînés, eux aussi praticiens de la manouvre, qui pro-posèrent naguère deux essais brillants1.

On lui rendra grâce d'avoir surmonté l'inhibition qui saisit l'écri-vain militaire face au "... papier que sa blancheur défend"2. On lui souhaitera qu'il soit beaucoup lu, pour le bien du Service, et qu'il soit imité, pour le succès des armes de la France.

1 Colonel Hubin, Perspectives tactiques, Economica, 2000 ; Général Desportes, Comprendre la guerre, Economica, 2001.
2 Mallarmé.
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