Par les Forces, pour les Forces
imprimer cette page
Bibliographie - Interview des Lieutenants-colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen

GUERRE EN MONTAGNE : Le renouveau tactique

Les lieutenants-colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen sont saint-cyriens et brevetés du Collège Interarmées de Défense. Tous trois diplômés de l'Ecole Militaire de Haute Montagne de Chamonix, ils ont successivement occupé des fonctions opérationnelles dans les troupes de montagne puis de prospective au sein de l'Etat-Major de l'Armée de Terre.

* * * * *

Doctrine : Vous venez d'écrire à trois un ouvrage de tactique intitulé Guerre en montagne, renouveau Tactique, pouvez vous nous dire ce qui figure dans votre livre ?

Vous trouverez dans ce livre la description de six principes tactiques adaptés au combat en milieu cloisonné : la préparation aux conditions de l'engagement, l'ubiquité, l'opportunisme, la domination du champ de bataille, la complémentarité des feux, le siège de l'ennemi. Ecrits en parfaite cohérence avec les principes généraux de Foch, ils sont en fait une adaptation de ces trois principes fondamentaux de la guerre aux exigences d'un milieu où la liberté d'action, l'économie des forces et la concentration des efforts peuvent sembler moins intelligibles et plus difficilement applicables. En ce sens, les six principes de la guerre en montagne doivent être considérés comme étant des principes d'emploi dérivés des principes de la guerre et adaptés aux contraintes spécifiques du milieu montagneux .

Doctrine : cette description de principes tactiques n'est-elle pas d'une lecture bien ardue ?

Oui, elle pourrait l'être et c'est pour cela que nous avons tenu à l'illustrer de très nombreux exemples historiques qui soulignent les contraintes immuables que fait peser le milieu montagneux sur la manouvre. En outre, en revisitant les batailles des deux derniers siècles et en les passant au crible d'une méthode synthétique, il apparaît un certain nombre de constantes, de guides pour l'action dont le bon ou le mauvais usage permet de mieux comprendre victoires et défaites. Enfin pour démontrer la pertinence de ces six principes, nous présentons pédagogiquement six batailles emblématiques et récentes qui permettent de mieux percevoir la nature de ces engagements. Ainsi le lecteur peut revivre la bataille du Dobropolié de 1918, celle de Suomussalmi (1939), des Appenins (1944), l'opération Panjshir V (1982), la bataille du Mount Harriet (1982) et l'opération Anaconda (2002) Ce panel permet d'embrasser tous les types de conflit de l'ère moderne, sur différents continents.

Doctrine : Justement, pensez-vous que ce type de guerre soit vraiment d'actualité ?

Lors de l'intervention en Afghanistan à partir de l'hiver 2001-2002, les armées occidentales ont redécouvert que la montagne pouvait être une zone de combats de haute intensité, non plus marginale mais permanente. Pourtant, depuis le conflit yougoslave et la place stratégique qu'occupa le mont Igman dans le siège de Sarajevo, la montagne avait déjà cessé d'être un simple terrain d'entraînement pour redevenir un terrain d'engagement incontournable.

Ce retour de la guerre en montagne est désormais un phénomène suffisamment prégnant pour être ainsi décrit par le Centre de Doctrine d'Emploi des Forces : "Les régions aux accès difficiles restent des zones d'action parfois essentielles et, comme la zone urbaine, un milieu privilégié du combat asymétrique. Les montagnes, les forêts, les étendues désertiques ou marécageuses demeurent les bastions d'ennemis déterminés qui s'y entraînent y reconstituent leurs forces et contrôlent les multiples trafics qui se développent dans des zones grises, parfois à cheval sur plusieurs frontières. Les forces armées doivent savoir y combattre et contraindre un adversaire fugace et adapté au terrain afin de lui dénier sa liberté d'action et de lui interdire l'initiative."

Doctrine : Quels engagements récents peut-on alors étudier pour identifier ce que les armées occidentales auront à faire dans un tel milieu ?

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les armées occidentales sont entrées de plain pied dans l'ère des conflits asymétriques où la qualité de leurs armements et de leurs équipements, leur avance technologique et le niveau d'entraînement de leurs troupes leur confèrent le statut du "fort". Il serait toutefois hasardeux et dangereux de qualifier l'ennemi de "faible" tant il a su neutraliser dans les zones montagneuses les armées les mieux équipées et les mieux entraînées . pour la guerre conventionnelle en plaine. Les combats au printemps 2002 de Tora - Bora et de la vallée de Shah - i- Kot le montrent. Ces deux opérations mais également celles conduites dans les années 80 par les Soviétiques en Afghanistan, plus récemment par la Coalition dans la partie orientale de ce pays ou par les Russes dans le Caucase, permettent de mieux saisir la nature des combats que des unités de l'armée de Terre pourraient être amenées à conduire en terrain montagneux.

Doctrine : Quel est le type d'ennemi que l'on peut rencontrer dans ces zones et comment y est-il organisé ?

Sur le théâtre afghan comme dans nombre de théâtres d'opérations montagneux où se déroulent des conflits asymétriques plus ou moins bien connus , les montagnes constituent des zones refuges au sein desquelles les mouvements insurrectionnels s'équipent, s'entraînent, "se reconditionnent" et font transiter leurs combattants et leurs flux logistiques. Dans ces zones refuges, ces mouvements appliquent les techniques classiques et désormais bien connues de la guérilla en se fondant dans la population locale, en dissociant les zones de fabrication ou de collecte d'armes des zones de stockage, en évitant les concentrations de combattants, en limitant l'utilisation des moyens de transmissions au strict nécessaire et en déployant un dispositif de renseignement et d'alerte discret mais performant. Si le terrain montagneux constitue le principal atout de l'ennemi pour se dissimuler, il le rend également dépendant des rares zones habitées pour se ravitailler, rompre avec l'isolement et se renseigner. Qui plus est, la population montagnarde est par nature indépendante et fière. Elle constitue un vivier de combattants rudes, redoutés pour leur endurance et leur connaissance du terrain. Comme a pu l'écrire Jomini : "Les régions montagneuses sont particulièrement favorables à la défense quand les guerres sont nationales [.]. Chaque avance se paie alors chèrement". Les forces terrestres qui s'engageront en montagne seront donc confrontées à un ennemi particulièrement réactif, mobile, furtif et sachant parfaitement utiliser le milieu naturel et humain à son profit.

Doctrine : Si ces zones sont qualifiées de refuge pourquoi l'ennemi chercherait-il à s'y battre ?

L'ennemi ne recherche pas le combat mais au contraire, l'évite. En effet, les zones refuges montagneuses constituent sa "zone arrière logistique" dont il a un besoin vital pour mener des actions de harcèlement dans des secteurs, les zones urbaines notamment, où il sait qu'elles obtiennent l'impact psychologique le plus fort et la meilleure caisse de résonance médiatique. Dans les zones montagneuses, les mouvements insurrectionnels adoptent donc une tactique d'évitement du combat jusqu'au moment où leur dispositif est découvert et où leurs combattants se trouvent acculés. Ils mènent alors un combat sans merci, à l'image des Taliban et des combattants d'Al Qaeda lors de l'opération Anaconda, car la survie de tout ou partie de leur organisation est en jeu.

Doctrine : Ce combat d'évitement doit conférer un style particulier à la manouvre ?

Oui, les opérations en montagne ne s'inscrivent pas complètement dans le concept du Three block war ou Guerre des trois quartiers au sens de la simultanéité possible de trois types d'actions : d'interposition, d'assistance humanitaire et de coercition. Elles oscillent plutôt entre de longues phases de quadrillage du terrain et d'assistance aux populations dans les vallées en vue d'acquisition du renseignement et des phases de combats très violents lorsque le dispositif ennemi a été éventé et qu'il faut le détruire . Entre ces deux types bien distincts de combat, il n'y a pas ou peu de combats de faible intensité car l'ennemi n'a pas intérêt à attirer et fixer des troupes dans des zones où il a besoin de jouir d'une liberté d'action la plus grande possible. Un engagement en montagne est donc une guerre qui se joue sur deux tempos principaux en faisant alterner de longues phases avec de rares contacts directs avec l'ennemi et des phases de combat de haute intensité.

Doctrine : On a souvent décrit la guerre de montagne comme une guerre des hauts accessible uniquement à quelques montagnards chevronnés, est-ce la réalité ?

Dans les espaces montagneux, l'ennemi utilise les parties hautes et basses des zones montagneuses de façon complémentaire. Les parties hautes, contre-pentes, replats d'altitude et crêtes abritent quelques zones vie temporaires mais surtout toutes les positions de défense. Dans les fonds de vallée, sont disséminés les camps d'entraînement, les dépôts logistiques et les ateliers de fabrication des engins explosifs improvisés (improvised explosive devices IED). En outre, l'ennemi sait parfaitement utiliser le terrain pour se mettre à l'abri de la menace aérienne. Ainsi, le camp d'entraînement de Zhawar Kili dans la province de Khost en Afghanistan était-il niché au fond d'une vallée très encaissée, protégé par trois versants particulièrement raides afin de limiter les temps d'acquisition et de visée des pilotes de bombardiers et d'offrir une moindre surface aux bombes et aux missiles. Sur les crêtes dominant ce camp, des mitrailleuses lourdes étaient installées dans des postes de combat taillés dans la roche et offrant des abris pour protéger leurs servants. Le camp bénéficiait d'un système de surveillance et d'alerte constitué par un réseau de postes d'observation situés sur les sommets avoisinants. Ces postes distants les uns des autres de 5 à 15 kilomètres étaient reliés par radio. Cette distance était insuffisante en cas d'attaque par avion de combat mais en revanche, permettait à l'ennemi de prendre des dispositions de combat en cas d'assaut héliporté. Face à un dispositif de combat aussi élaboré, il est donc indispensable de conduire simultanément des opérations sur les hauts et les bas du terrain.

Doctrine : S'engouffrer dans des vallées cernées de montagnes a toujours semé la terreur chez les chefs militaires, est-on vraiment équipé pour un tel combat ?

Les opérations dans les fonds de vallée nécessitent des unités très mobiles, fortement protégées et possédant une grande puissance de feu. Il s'agit en effet de mettre les troupes à l'abri des attaques par IED et par embuscades tendues depuis les parties dominantes du terrain, tout en leur permettant de manouvrer très rapidement sous le feu de l'ennemi. Les unités employées dans les fonds de vallée doivent donc être blindées et motorisées. Le véhicule blindé à haute mobilité capable de se déplacer à vive allure sur les terrains les plus escarpés grâce à ses chenilles et à son module articulé et équipé d'une mitrailleuse lourde de 12.7 mm mise en ouvre à partir d'une tourelle téléopérée constitue, à l'heure actuelle, un engin très efficace pour ce type d'opération. Son agilité exceptionnelle, sa protection et sa relative puissance de feu lui permettent de manouvrer et de conduire des actions de débordement des parties basses vers les parties les plus hautes y compris sur les pentes raides. La version Viking est du reste très utilisée par les unités britanniques des Royal marines et a fait ses preuves opérationnelles ces derniers mois en Afghanistan.

Doctrine : quelle coordination faut-il alors mettre en ouvre avec les éléments qui agissent sur deux étages du terrain ?

Les opérations conduites dans les fonds de vallée doivent être systématiquement appuyées et précédées à partir des hauts du terrain par des unités de combat débarqué. Ces unités interarmes dont l'ossature est fournie par les bataillons d'infanterie de montagne, doivent comporter systématiquement des éléments d'observation d'artillerie, des contrôleurs aériens avancés, des unités du génie d'assaut et des équipes d'aide au franchissement de passages escarpés. Leur mission prioritaire consiste à détruire les défenses et les dispositifs d'embuscades sol-air et terrestres installées sur les crêtes. Ces unités sont mise en place sur les hauts ou les contre-pentes par hélicoptère de manouvre et combattent au rythme des actions conduites dans les fonds de vallée.

Doctrine : Vous vous positionnez dans un cadre offensif, doit-on envisager aussi des manouvres de type défensif dans un tel milieu ?

Bien sûr. Les forces terrestres engagées sur les hauts et les bas doivent conduire également des missions d'interdiction dans les vallées adjacentes dès qu'une ou plusieurs opérations de destruction ont été lancées. Il s'agit en effet, d'intercepter et de détruire des bandes ennemies qui tenteraient de s'exfiltrer ou de s'infiltrer par des itinéraires empruntant des cols ou des fonds de vallée.

Doctrine : On a parlé d'ennemi, d'équipements, de manouvre, évoquons maintenant les capacités car le sujet est d'importance dans un débat toujours d'actualité entre forces spécialisées et forces adaptées. Quelles sont donc les capacités qui vous semblent devoir être détenues par une troupe engagée en milieu montagneux ?

Les forces terrestres en montagne doivent en tout premier lieu être extrêmement mobiles face à un ennemi qui est lui-même très agile et réactif. Outre l'emploi de véhicules blindés à haute mobilité et d'hélicoptères de manouvre, la mobilité des forces terrestres en montagne repose aussi sur leur capacité à s'affranchir des difficultés propres au milieu montagneux et notamment de l'altitude, du froid, de la raideur et des escarpements des pentes. Elle exige donc des combattants une force physique et morale au-dessus de la moyenne ainsi que l'expérience des déplacements et des stationnements en haute montagne, autant de capacités qui ne peuvent s'acquérir que par un entraînement assidu au combat en montagne dans les conditions matérielles et tactiques des engagements actuels.

Doctrine : Ne pensez-vous pas que la puissance de feux des armements modernes permet de relativiser maintenant cet engagement physique ?

Les unités doivent posséder effectivement une très forte puissance de feu car l'ennemi est également fortement armé et bénéficie de la protection d'un terrain très favorable. Les Taliban et les combattants d'Al Qaeda sont dotés de mitrailleuses de 12.7 et de 14.5 mm, de canons de 20 et de 23 mm, de mortiers de 82 mm et de missiles. Cette puissance de feu repose sur l'armement individuel et collectif des unités de combat de contact mais aussi sur l'appui feu que fournissent de façon complémentaire les unités d'artillerie et d'appui aérien. Les premières doivent avoir la capacité de se déployer dans les fonds de vallée mais aussi sur les parties hautes du terrain et notamment les replats d'altitude. Leurs observateurs seront répartis dans tous les compartiments du terrain et jusqu'au plus bas échelons des forces de combat de contact. Ce maillage de capteurs permet un déclenchement instantané des feux dès les premiers contacts et de conserver l'initiative ensuite, quelle que soit l'utilisation du terrain par l'ennemi. L'arme aérienne composée d'avions et d'hélicoptères d'attaque air-sol permet de compléter les feux d'appui sol-sol et d'assurer ainsi aux unités de combat de contact une permanence de l'appui feu.

Doctrine : Cette description d'un maillage du terrain par de nombreuses capacités feux peut effrayer pour ses conséquences logistiques surtout dans des zones compartimentées.

Effectivement, une grande autonomie logistique est la troisième capacité fondamentale spécifique aux unités appelées à combattre en montagne car les opérations conduites aujourd'hui dans ce type de terrain sont fortement consommatrices en matière de ravitaillement, de maintien en condition et de soutien santé. Conduisant dans la durée des opérations d'acquisition du renseignement et des combats de haute intensité à des altitudes souvent élevées et sur des terrains particulièrement difficiles, les hommes et les matériels sont mis à rude épreuve. De plus, la situation tactique exige le plus souvent de fractionner le dispositif ami afin de couvrir tous les compartiments de terrain de deux ou trois vallées adjacentes afin de limiter les capacités de manouvre de l'ennemi. L'autonomie logistique repose donc sur un dispositif logistique fortement décentralisé et poussé vers l'avant . Qu'il s'agisse des forces agissant en fond de vallée ou sur les parties dominantes du relief, les unités de soutien sont intégrées au sein des détachements interarmes de combat. Pour ce faire, elles possèderont des engins adaptés leur permettant de s'affranchir des difficultés du terrain. L'hélicoptère de transport lourd, le véhicule blindé à haute mobilité en version cargo et le quad avec plateau permettent d'assurer ce soutien logistique de l'avant. Le personnel, qu'il soit maintenancier, transporteur, médecin ou infirmier possèdera les capacités physiques et techniques pour intervenir dans la durée sur les parties hautes du terrain.

Doctrine : On a peu parlé de renseignement alors que le milieu est très souvent qualifié d'opaque. Comment réalise-t-on cette fonction avec les capacités actuelles ?

Les unités doivent posséder une excellente capacité d'acquisition et de traitement en boucle courte du renseignement. Face à un ennemi qui se cache au sein de la population et bénéficie parfois de son aide, utilise au mieux le terrain pour dissimuler ses installations et dispose d'un système de renseignement élaboré, il est indispensable de gagner la bataille du renseignement. Cette victoire repose à la fois sur l'emploi de moyens spécialisés, sur un maillage serré de capteurs et sur l'élaboration d'une véritable manouvre du renseignement conduite par l'ensemble des unités sur le terrain. Dans les opérations actuelles en montagne et c'est là peut être le phénomène le plus nouveau, l'acquisition du renseignement est l'affaire de tous. Les unités de combat de contact notamment celles qui opèrent sur les parties hautes, sont appelées à conduire certaines missions d'acquisition du renseignement autrefois dévolues aux unités spécialisées : observation dans la durée d'infrastructures suspectes, de villages ou de points de passage obligés, entretiens avec les populations autochtones, pistage sur des itinéraires d'infiltration ou d'exfiltration potentielles. Pour cette dernière mission, ces unités seront renforcées utilement par des équipes cynotechniques. Il s'agit de mettre sous surveillance permanente tous les compartiments d'un terrain fortement cloisonné sur lequel l'ennemi ne cesse de se déplacer et de se dissimuler.

Doctrine : Et que fait-on des moyens spécialisés d'acquisition du renseignement ?

Quant aux moyens spécialisés d'acquisition du renseignement que sont les équipes de recherche humaine, de guerre électronique et les drones, leurs moyens toujours comptés seront judicieusement répartis en deuxième rideau et commandés directement depuis le poste de commandement de la brigade ou du groupement tactique interarmes . Ils serviront en priorité à confirmer les renseignements d'intérêt immédiat acquis par les unités de combat de contact disséminés dans la zone d'opération. La manouvre du renseignement n'a d'autre but que de dévoiler le dispositif ennemi, de le pousser à la faute pour ensuite mieux le détruire. Elle s'inscrit donc forcément dans la durée.

Doctrine : En vous écoutant, on découvre une manouvre très décentralisée jusqu'aux plus bas échelons, est-ce la guerre du chef de section ou même du chef de groupe ?

Face à un ennemi qui se déplace le plus souvent par petites équipes de quatre à cinq combattants mais qui est capable dans un laps de temps très court de concentrer des fortes troupes, l'ensemble de ces quatre capacités cardinales doivent être mise en ouvre dans le cadre d'une manouvre très décentralisée. La section de combat interarmes (on peut regretter qu'il n'existe pas de terme désignant l'échelon interarmes inférieur au sous-groupement tactique interarmes) en constitue le pion de manouvre, au moins pendant la phase de détection du dispositif ennemi. Les chefs de section et de peloton se retrouveront donc à la tête de détachements interarmes de plus de cinquante combattants au sein desquels pourront se trouver un observateur d'artillerie, un contrôleur aérien avancé, un groupe d'assaut du génie, une ou plusieurs équipes cynotechniques, un à deux engins blindés pour les sections d'infanterie, un à deux groupes de combat pour les pelotons blindés et une équipe santé. Les exercices d'entraînement au combat en montagne leur permettront d'approfondir leur culture interarmes et interarmées.

Doctrine : Un type de guerre qui peut préfigurer bien d'autres types d'engagements en d'autres milieux aussi complexes ?

Oui, la guerre en montagne n'est plus une utopie propre à quelques idéalistes ou nostalgiques des combats en terrain difficile du second conflit mondial ou des guerres coloniales. La fin de la guerre froide et le début de celle contre le terrorisme ont remis les terrains montagneux au cour de nos engagements actuels. Les combats que les forces terrestres auront à y conduire et qui s'inscriront dans le cadre des opérations de contre guérilla en terrain difficile, seront violents, longs et répétés. Ils exigeront une coopération interarmes et interarmées approfondie et poussée jusqu'aux plus bas niveaux du commandement. Ils demanderont aussi une combinaison de savoir-faire tactiques et techniques particulièrement diversifiés allant du combat motorisé en fond de vallée au combat débarqué en altitude et des missions furtives d'acquisition du renseignement aux missions brutales et violentes de destruction. Dans ce cadre, toute unité interarmes appelée à combattre en montagne quel que soit son niveau d'emploi, doit être à la fois puissante, agile et polyvalente.

Doctrine : notre armée de Terre dispose-t-elle de tout le nécessaire pour se préparer efficacement à cet engagement d'aujourd'hui et de demain ?

L'entraînement au combat en montagne doit viser à développer et approfondir cette multitude de savoir-faire tactiques et techniques. L'armée de Terre possède aujourd'hui pour la préparation à l'engagement opérationnel de ses forces, un dispositif performant qui repose pour l'essentiel, sur le centre de préparation des forces constitué par le centre d'entraînement des postes de commandement, le centre d'entraînement au combat et le centre d'entraînement aux actions en zone urbaine. Face à la multiplication des opérations en terrain montagneux, il ne manque plus aujourd'hui qu'à compléter ce dispositif par un quatrième pilier que serait un centre d'entraînement aux opérations en terrain difficile. Le dispositif de préparation à l'engagement opérationnel de l'armée de Terre serait alors totalement cohérent et permettrait aux forces terrestres de se préparer efficacement à l'ensemble des opérations actuelles.

Doctrine : le mot de la fin ?

Notre ouvrage s'inscrit dans la continuité de ce qu'ont entrepris chacun dans leurs domaines respectifs le CDEF et le CoFAT pour relancer la réflexion tactique et accroître la culture militaire des cadres de l'armée de Terre. Nous avons choisi un thème qui bénéficie d'un remarquable apport historique pour éclairer les engagements présents et à venir. Nous espérons que nos lecteurs sauront y trouver matière à des débats et à des réflexions utiles pour la préparation à l'engagement puis la conduite de la manouvre. Nous espérons enfin qu'ils sauront éprouver du plaisir à participer à ces débats tactiques sources d'enrichissement personnel mais surtout gage d'efficacité le jour venu dans un contexte opérationnel toujours plus complexe et incertain.

Accessibilité | Plan du site | Aide et FAQ | Liens
Copyright Ministère de la Défense 2010 / Mentions Légales
Découverte
retour en haut de page
      Présentation
      Missions
      Historique
      Implantation
      Organisation
      Division Doctrine
      Division Recherche et retour d'EXpérience
      Division Simulation et Recherche Opérationnelle
      Division Appui Documentation
Doctrine des Forces Terrestres
retour en haut de page
      Documents fondateurs
Publications
retour en haut de page
      Dotrine Tactique
      Numéros classiques
      Numéros spéciaux
      Abonnez-vous !
      Héraclès
      Numéros classiques
      Numéros spéciaux
      Abonnez-vous !
      Cahiers de la DREX
      Cahiers de la recherche
      Cahiers du RETEX
      Cahiers de la R.O
      Divers
      Objectif Dotrine
      Ecrits du forum
Rencontres
retour en haut de page
      Regards extérieurs
      Présentation
      Conférences passées
      Colloques / Symposiums
      Reconstruire ensemble
      Séminaire tactique
      Contacts
Votre espace
retour en haut de page
      Bibliographie
      Stages étudiants
English Summary
retour en haut de page
      International visitors
      CDEF organization
      CDEF, an overview
      Organization chart
      CDEF divisions
      Our publications
      CDEF Doctrine Publications
      Dotrine military review
      Heracles newsletter