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• DECIDER DANS L'INCERTITUDE (2e édition)
Les leçons des opérations militaires les plus récentes sont sans appel : le déploiement de la plus haute technologie du XXIe siècle ne permet aux chefs opérationnels ni d'être parfaitement renseignés, ni d'agir avec certitude, ni d'éviter le désordre et l'imprévu. Il faut donc se rendre à l'évidence : s'il veut être efficace, le décideur n'a d'autre choix que d'apprendre à concevoir et conduire son action dans l'incertitude. Mais comment v parvenir ? Quels principes doit-il respecter ? De quels moyens doit-il disposer et comment faut-il les organiser ? Quel style de commandement doit-il adopter ? C'est à ces questions que répond cet ouvrage, apportant ainsi au responsable, militaire ou civil, des clefs déterminantes pour le succès de l'action.
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Préface du Général d'armée Bruno CUCHE,
chef d'état-major de l'armée de Terre (CEMAT)
"Le feu tue, les idées périmées aussi." Maréchal Foch
Lorsque le général Vincent Desportes m'a demandé de préfacer cette deuxième édition de "Décider dans l'incertitude", j'ai accepté avec enthousiasme et sans réserve. C'était le lecteur attentif et passionné qui s'exprimait ainsi, mais c'est aussi le chef d'état-major de l'armée de Terre qui incite de la sorte tous les décideurs à s'inspirer des pensées et préceptes si clairement dévoilés dans ce livre. Son auteur se situe en effet à l'avant-garde d'un véritable renouveau de la réflexion militaire, conduite par les militaires.
Le livre lui-même replace clairement les enjeux du commandement dans leur environnement réel : un environnement de guerre complexe et incertain. Si la guerre n'a pas changé de nature, elle a revêtu des formes différentes depuis la fin de la guerre froide. Or, pour l'auteur, la fin de la guerre froide est plus qu'une révolution stratégique ; c'est une révolution intellectuelle. Elle consacre la fin d'un modèle fondé essentiellement sur des certitudes, des stéréotypes, des schémas d'emploi et la prédominance des moyens classiques de la puissance. La supériorité opérationnelle s'obtient désormais par la domination du champ cognitif. Et cet ouvrage, qui s'enrichit de nombreuses réflexions et citations des plus illustres chefs militaires français et étrangers, a le mérite de redonner à l'homme, et plus précisément au chef, une place centrale, déniée au temps de l'équilibre de la terreur et de l'illusion de la supériorité "techniciste".
Le chef que nous décrit le général Desportes n'est pas un chef arc-bouté sur des certitudes, jaloux de ses prérogatives, ou frileux. C'est un chef qui analyse, réfléchit, anticipe, et qui décide. Un chef qui fait confiance à ses subordonnés et qui encourage l'initiative. Car face à un ennemi imprévisible et mutant qui recherche en permanence les déséquilibres, qui se dilue dans la population et frappe nos points faibles, la réponse ne peut pas être systématique, elle ne peut pas venir d'un système rigid et centralisé. C'est tout l'inverse. Seule l'initiative des chefs aux plus bas échelons permet d'exploiter des opportunités qui sont par nature fugitives. A ce titre, il est intéressant de noter que quelques uns des plus grands chefs cités dans l'ouvrage, comme Napoléon, le maréchal Foch ou le colonel de Gaulle étaient déjà favorables à un "modèle d'efficacité" que l'auteur décrit comme "[.] celui de la conception centralisée et de l'exécution décentralisée, celui de la cohérence centralisée et de l'initiative décentralisée". Car, finalement, le message le plus fort de l'auteur, qui s'adresse à tous les décideurs, est bien celui ci : "n'ayez pas peur de la confrontation des idées" ; elle seule vous permettra d'appréhender la complexité et de diminuer l'incertitude. Mais il ajoute aussitôt que ce n'est là qu'un préalable nécessaire mais pas suffisant. Si la réflexion diminue l'incertitude, elle ne l'élimine pas en totalité. Décider signifie alors prendre un risque, c'est à dire faire preuve de courage et d'audace raisonnée, vertus cardinales vantées par Clausewitz.
En se refusant à donner des solutions, par définition réductrices, de la complexité mais en insistant sur les principes qui doivent fonder la réflexion puis l'action, cet ouvrage présente une véritable universalité et un intérêt pour tous ceux qui font la "guerre", quels que soient les milieux, et qui sont confrontés en permanence aux contingences.
Je formule le vou qu'au-delà de cet ouvrage, une véritable école de pensée militaire française continue de progresser, renouvelant l'art du commandement et de la tactique, et qu'elle inspire tout autant les chefs militaires que les décideurs civils.
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