Vers une manuvre vectorielle interarmes et intégrale dans la profondeur

Visant à emporter la décision au moindre coût, ces opérations, principalement menées par les forces terrestres, portent le combat au cur du dispositif adverse par la concentration de trajectoires de toute nature et venant de tout vecteur. Elles se caractérisent par la surprise, la brutalité et la puissance des feux, les brusques changements de rythme ainsi que la succession et la simultanéité des actions. Ces opérations dans la profondeur regroupent les actions indirectes dans la profondeur et la manuvre dans la profondeur.
- S'agissant des actions indirectes dans la profondeur, celles-ci comportent des frappes ponctuelles physiques ou immatérielles à distance délivrées principalement par les acteurs de la fonction opérationnelle de combat indirect. Elles s'effectuent à partir de positions tenues où les moyens sont engagés avec une réactivité maximum dans la bascule des trajectoires. Elles visent soit à faire renoncer l'adversaire à ses projets, soit à établir les conditions préalables au succès pour d'autres opérations.
- S'agissant de la manuvre dans la profondeur, celle-ci est conduite par des groupements interarmes très mobiles, agissant dans un cadre interarmées. Le but de la manuvre dans la profondeur est de porter au cur même du dispositif adverse des volumes de forces constituant une menace telle pour les centres de gravité que l'adversaire se trouve contraint de renoncer à sa manuvre.
La réussite de la manuvre vectorielle interarmes dépend de la rencontre ou de l'existence d'un certain nombre de facteurs, garants de leur succès. On citera donc :
Pour ce qui concerne les actions indirectes :
- l'intégration de ces actions dans une manuvre d'ensemble,
- la disponibilité de moyens d'acquisition précis et performants,
- la complémentarité des moyens d'agres-sion dans l'espace et le temps,
- une excellente précision des systèmes de feux sol-sol,
- la réalisation d'un lien d'information performant entre les systèmes d'acquisition et de feux, englobant aussi les appuis air et naval,
- une logistique suffisante permettant une consommation adéquate pour les munitions dans l'attente de l'amé-lioration de leur précision finale,
Pour ce qui concerne la manuvre dans la profondeur :
- un renseignement précis et actualisé sur les centres de gravité et les points décisifs de l'adversaire pour une juste évaluation des risques, en recherchant au maximum l'absence d'effets collatéraux,
- une puissance de choc crédible et efficace,
- le maintien de forces conséquentes au contact pour permettre la combinaison et la simultanéité des actions,
- le maintien d'un rythme enlevé,
- une combinaison interarmes et inter-armées pour entretenir l'élan,
- une logistique offrant l'autonomie nécessaire.
Toutefois, ces conditions ne sont pas suffisantes et certainement pas exclusives de l'étude approfondie de contraintes tactiques qu'il faut s'employer à résoudre ; ce sont :
- la capacité de commander loin et sans rupture,
- la gestion de l'espace aérien qui conditionne la mise en uvre des moyens aéromobiles, sol-sol, sol-air et de la surveillance du champ de bataille. Cette gestion exige des arbitrages fins et prend des délais,
- la nécessité de disposer, en logistique :
o d'une supériorité aérienne locale (EVASAN)
o d'un soutien médical
o d'un soutien pétrolier
o d'un soutien de l'homme et des matériels également performants,
- la planification fine de la coordination des intervenants dans la troisième dimension et du targeting,
- la réalisation de conditions propres à l'engagement des hélicoptères notamment en termes d'autonomie, de capacité d'emport et de survie,
- la réalisation d'un environnement cohérent de nos blindés modernes, notamment en termes d'agilité et de souplesse pour les véhicules d'infanterie et d'artillerie les accompagnant.
Désormais, ces opérations dans la profondeur peuvent et doivent tenir un rôle décisif au sein d'un espace de combat lacunaire et profond. Dans un nouveau contexte qui se caractérise par un élargissement des espaces, une accélération du rythme de la manuvre, c'est aussi la possibilité de conduire une manuvre plus dynamique qui vise à pénétrer un dispositif adverse (action de coercition) ou à concentrer très rapidement des moyens pour acquérir une supériorité opéra-tionnelle locale en tout point d'une zone à contrôler (maîtrise des crises).
Privilégier ce type d'opérations, c'est mettre en uvre une manuvre vectorielle de feux d'appui ou de feux directs, d'hélicoptères, d'infanterie ou de chars, pour concentrer les efforts sur les centres de gravité et attaquer la volonté adverse pour l'amener à renoncer à son action en évitant l'affrontement des poitrines, source d'attrition.
Les incertitudes stratégiques actuelles, le contexte élargi des opérations, impliquent une nécessaire réflexion doctrinale. Soyons bien conscients de l'importance que nos alliés attachent au rayonnement de leur doctrine.
Définir une doctrine c'est aussi le meilleur moyen d'adapter en permanence l'outil militaire au projet politique et de développer les programmes d'armement nécessaires à sa mise en uvre. La réflexion doctrinale a donc d'importantes consé-quences dès le temps de paix dans l'aspect organisationnel de nos forces.
Dans un contexte d'opérations devenu maintenant particulièrement complexe, le rôle de la doctrine est de livrer aux chefs :
- des outils permettant de concevoir l'action dans sa finalité,
- des principes d'organisation des moyens mis à disposition,
- des modalités possibles d'action parmi lesquelles ils choisiront celles qui paraîtront les plus appropriées au contexte d'engagement,
- et enfin des règles et des procédures permettant de conduire cette action. |